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Sous la Seine : gros nanar ou plaisir coupable pour le film de requins de Netflix ? (Critique)

Sous la Seine : gros nanar ou plaisir coupable ? (Critique)
La date du 5 juin 2024 permet de mettre en opposition deux manières de consommer le cinéma en 2024. D'un côté, Bad Boys Ride or Die, quatrième épisode d'une franchise hollywoodienne bankable, projetée exclusivement au dans les salles obscures. De l'autre, Sous la Seine, un film de requins produit par la branche française de Netflix et qui a fait appel à Xavier Gens (cinéaste qui a déjà travaillé à Hollywood) pour prouver au monde entier qu'en France aussi, on sait faire des films de requins qui plaisent au plus grand nombre. Gens a fait appel au duo Bérénice Bejo et Nassim Lyes (son acteur fétiche on dirait bien) pour nous offrir un spectacle digne de ce nom. Un projet alléchant sur le papier, mais malheureusement le résultat n'est pas à la hauteur de nos trop grandes espérances...

Le projet avait tout plaire, puisque tous les ingrédients étaient réunis pour que le cocktail soit explosif. Imaginez un peu, un film de requins français qui se passe dans la Seine lors d'une compétition de triathlon et qui est diffusé à quelques semaines des JO 2024, le timing est absolument génial, surtout quand on sait que Emmanuel Macron et Anne Hidalgo sont censés se baigner dans le plus grand bassin dédié à la bactérie e-coli. Cerise sur le loukoum, c'est en plus réalisé par Xavier Gens, un passionné qui vient du cinéma d'horreur, qui a bossé à Hollywood et qui s'est trouvé une nouvelle passion avec le cinéma de tape en bossant avec Gareth Evans sur la série Gangs of London. Et avec le réalisateur de The Raid 1 et 2, Xavier Gens a appris à muscler son jeu et on l'a vu l'année dernière avec Farang, film imparfait certes, mais qui possède une fougue et une passion pour se voyaient à l'écran.



IDENTITÉS TROUBLES

En fait, il y a plusieurs problèmes avec Sous la Seine et ce n'est clairement pas la réalisation qui est pour moi le point fort du film, mais je vais y revenir dans quelques instants. Non, ce qui ruine totalement le film, c'est le scénario, et je ne parle pas de l'histoire hein, qui matche d'ailleurs parfaitement pour ce genre de péloche. Non, je parle vraiment de la manière dont est raconté Sous la Seine. Sa narration, ses dialogues, ses personnages, ses situations souvent ubuesques qui auraient pu d'ailleurs fonctionner si le film ne se prenait pas au sérieux. Il n'y a que 2 façons de faire des films de requins en vrai. Soit on part sur l'héritage laissé par Les Dents de la Mer où l'on doit effrayer constamment le spectacteur, le suffoquer avec des images vertigineuses et des attaques de squales aussi sales que réalistes, soit on choisit le pastiche, le bon gros nanar à la Sharnado où plus rien n'a de sens, du moment qu'on se tape une bonne grosse barre, c'est suffisant. Sauf que Sous la Seine ne sait pas sur quel pied danser. Dans sa globalité, c'est un film très 1er degré, avec un vrai message écologiste qu'il essaie de défendre, maladroitement d'ailleurs, mais il le fait. Et puis, par moments, dans un flash inattendu, Xavier Gens part dans la bonne grosse comédie, notamment la scène de l'attaque durant le Triathlon où le réalisateur va même jusqu'à placer Monsieur Poulpe au centre de cette bulle presque burlesque pour tenter de nous faire rire. Ça fonctionne bien d'ailleurs, et c'est même dommage que Poulpe n'ait pas une petite réplique pour en rajouter, mais cette scène est ausstôt ruinée par la séquence suivante où l'on revient dans le ton très sérieux, avec des militaires qui tirent comme des gorets, provoquant une catastrophe qui va changer la face de Paris. Et puis je ne vous parle même pas de la fin, aussi abrupte que surprenante, et qui prouve bel et bien que Xavier Gens était très sérieux avec son message écologiste. Alors je ne sais pas si c'est lui qui s'est forcé à le faire, ou si c'est le duo Yannick Dahan et Maud Heywang avec qui Gens a co-écrit le film qui lui ont dit que c'était très 2024, ou très Netflix spirit de le faire, mais bon sang, le film cumule aussi les pire clichés sur les militants écologistes.

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ÉCRITURE MALADROITE

Entre la nana leader du groupe avec les cheveux bleus, la copine gay, un peu geek sur les bords et qui porte un bonnet peu importe les circonstantes, les autres membres qui se promènent avec un anneau dans le nez, ou ceux qui sont rasés sur les côtés, j'avais l'impression de voir les personnages du jeu vidéo Life is Strange. Et puis je ne vous parle même pas de leurs actions, qui n'ont absolument aucune crédibilité, d'autant qu'on a l'impression que ces militants de 20 ans à peine sont à la tête d'un groupuscule type hacker anonyme capable de déjouer les plans du gouvernement. C'est dommage, parce que vu le traitement que leur réserve Xavier Gens, j'ai vraiment l'impression qu'il essaie de nous dire qu'il ne valide vraiment pas ce message écologiste un peu basique. Non vraiment, ça va pas du tout, le film tape vraiment à côté. Tout se mélange, le sérieux comme le burlesque, tout commes les intrigues qui se téléscopent entre elles. Xavier Gens, Yannick Dahan et Maud Maywang auraient dû concentrer leurs efforts dans la construction de leur personnage plutôt, notamment ceux de Bérénice Bejo et Nassim Lyes qui sont les vrais laissés pour compte dans le film. Vu que le requin n'est pas la star du film, et pourtant y avait matière à faire, le métrage est porté par les deux comédiens, mais là aussi le film de Gens échoue. Il échoue dans leur écriture, mais aussi dans leur jeu. Bénérice Béjo qui est pourtant une très bonne actrice, ne semble pas croire au projet non plus. Je ne sais pas si c'est un souci de direction d'acteur, ou si elle n'a pas voulu fourni d'effort véritable, ou qu'elle était limitée, mais c'était pas très convaincant, encore moins quand son perso doit se mettre à pleurer dès lors qu'on parle de l'accident de son mari, même plusieurs années après. Le traumatisme ok, mais plusieurs années et à la moindre évoquation du drame, c'est too much.

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Quant à Nassim Lyes dans le rôle d'Adil, brigadier chef de la brigade fluviale, c'est compliqué aussi. Je fais partie des gens qui pensent que le comédien peut être bon dans les rôles dramatiques, Farang l'a prouvé, même si son jeu était encore fragile, mais je suis persuadé qu'il peut se détacher de son image de Cokeman de la série En passant pécho, même si je dois admettre qu'il est meilleur quand il fait le zouave que le mec torturé, mais je suis persuadé que ça va venir. Après, dans Les Nouveaux Riches sur Netflix, il m'a bien fait golri et il a prouvé que c'est un registre qu'il maîtrise bien. Non, dans Sous la Seine, j'ai pas compris ce besoin de nous faire croire qu'il est aussi un personnage meurtri par son ancien passé de militaire, qu'il est un lâche qui a abandonné son équipe. Non seumement, ça ne sert jamais le propos du film, mais en plus, ça arrive comme un cheveu sur la soupe et en vrai, on s'en branle total. Moi ce que je voulais voir, c'est Nassim Lyes déflinguer un requin à mains nues, c'est ça qu'on voulait voir Xavier Gens !

MISE EN SCÈNE SOLIDE

Et c'est dommage car tout n'est pas à jeter dans Sous la Seine, notamment dans la réalisation qui est vraiment de bonne facture. Pour un film Netflix qui a été tourné et sorti en un temps record, Xavier Gens a fait preuve de maîtrise et surtout de générosité. Le cinéaste français nous offre de superbes images aquatiques, avec des plans soignés, parfois très épurés qui magnifient certaines séquences. Bénérice Béjo qui sort de l'eau avec cet effet ralenti, du sang plein la bouche et cette rage de vivre, on a presque l'impression que le requin mako, c'est elle. Et puis Xavier Gens se fait plaisir avec sa caméra, qui parfois se faufile dans des endroits qu'on n'attendait pas. Il sait jouer et ça se voit que travailler à l'international lui a permis de gagner quelques galons. Globalement, c'est assez joli, surtout les scènes sous l'eau, mais parfois, le film jure et donne le sentiment de virer au sitcom français bas de gamme. Il y a en effet un décalage de rendu dans la photo, notamment les scènes en extérieur qui font vraiment série télé France 3, une drôle de sensation. On aurait même tendance à croire qu'il y a eu 2 réalisateurs sur le même film, mais avec une vision différente.

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Et c'est idem pour les effets spéciaux. Toutes les scènes sous-marines sont réussies, avec des requins crédibles et bien fichus. Sauf que dès que les squales sortent de l'eau, c'est la catastrophe, on s'aperçoit c'est du CGI low cost. Vraiment curieux ces contrastes qu'on a en permanence, qu'il s'agisse du scénario, du ton, la photo, ou même les effets visuels. Vous l'avez compris, pas la peine de tergiverser davantage, grosse déception que ce Sous la Seine qui avait pourtant un gros potentiel, mais qui ne sait pas sur quel pied danser. L'avantage, c'est qu'il ne sort que sur Netflix, donc il faut partie de votre catalogue et vous ne perdrez pas votre argent, juste un peu de votre temps. Le film est bien trop déséquilibré, fragile et contradictoire parfois pour plaire. Je sais déjà qu'il se fait déglinguer par mes confrères de la presse ciné, mais je suis persuadé qu'avec des réajustements et de meilleures idées, on peut y arriver, car on a les cinéastes qu'il faut ici dans ce pays. Et après avoir vu le Comte de Monte-Cristo, je peux vous dire que la France est capable de faire du grand cinéma de spectacle.

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