
Avec Brand New Day, Marvel Studios et Sony Pictures ont décidé de changer de méthode. Exit Jon Watts et sa trilogie - un peu tiède - des Spider Home et place à Destin Daniel Cretton, qui s’est bâti une petite réputation ces dernières années à travers les mises en scène de Shang-Chi (2021), et plus récemment avec la série Wonder Man, elle aussi issue du MCU. Initialement mandaté par Kevin Feige pour réaliser Avengers Kang Dynasty, le cinéaste américain a été arrêté dans son élan en raison des problèmes judiciaires et du licenciement de l'acteur Jonathan Majors (Kang, c’était lui), ainsi que d'un changement de direction artistique après l'accueil mitigé de certaines intrigues liées au MCU. Néanmoins, Marvel Studios savait qu’il était important de ne pas laisser filer le talent derrière Destin Daniel Cretton, qui a donc hérité du nouveau film Spider-Man, incarné pour la quatrième fois par Tom Holland (on ne compte pas ses apparitions dans les autres films du MCU) qui vient tout de même de fêter ses 30 ans. Et forcément, à 30 ans passés, Tom Holland arrive à un tournant dans sa carrière, mais aussi dans son incarnation de Spider-Man. Celui qui avait débarqué dans le MCU avec l’énergie d’un adolescent surexcité, partagé entre ses cours, ses premiers émois amoureux et ses maladresses de jeune héros, ne pouvait plus éternellement rester enfermé dans ce rôle de lycéen enthousiaste découvrant ses pouvoirs. Après trois films où Peter Parker a longtemps été défini par son entourage (Tony Stark, Dr Strange et même Happy Hogan), Spider-Man Brand New Day fait enfin le choix de laisser son héros grandir. Il était temps. Et, sans être exempt de défauts, il y parvient avec une sincérité et une ambition que le MCU n'avait plus affichées depuis longtemps.
PLUS GRAND, PLUS INTIME AUSSI
L'histoire prend place quatre ans après les événements de No Way Home. Peter Parker vit désormais dans l'anonymat le plus total suite au sort infligé par Dr Strange. Personne ne connaît son existence, pas même MJ ou Ned qui poursuivent leur vie sans lui. Installé dans un modeste appartement new-yorkais, Peter consacre désormais chaque minute de son existence à Spider-Man, comme si enfiler le costume lui permettait d'oublier le vide laissé par tous ceux qu'il a perdus. Sauf que bien évidemment, des événements vont venir bousculer cette routine, une nouvelle menace qui vient frapper New York, tandis qu’en parallèle, son propre corps commence à muter. Ses pouvoirs évoluent, deviennent instables, plus violents, comme si l'ADN de l'araignée reprenait progressivement le dessus. Cette idée sert de véritable fil rouge au film et sous ses allures de blockbuster spectaculaire, Brand New Day parle surtout d'identité, d'acceptation de soi et de santé mentale. Peter n'est plus seulement un jeune homme qui doit sauver la ville, c'est un adulte qui refuse de faire le deuil de son ancienne vie et qui se réfugie dans son rôle de super-héros jusqu'à s'y perdre complètement. Une lecture étonnamment mature pour un film Marvel, qui aborde également le burn-out, la solitude et la difficulté d'exprimer ses émotions sans jamais appuyer inutilement son propos. Et ces différents thèmes ne sont pas uniquement liés à Peter Parker, ils le sont aussi par le biais des autres protagonistes. Qu’il s’agisse de Frank Castle, notre Punisher, le personnage joué par Sadie Sink et même MJ d’une certaine manière, il y a cette solitude qui ronge chacun de ces personnages. Dans tous les cas, Spider-Man Brand New Day abandonne une partie des recettes habituelles du studio. Moins de blagues à répétition, moins de fan-service aussi, moins de surenchère multiverselle l’objectif est de raconter l’histoire d’un Spider-Man plus plus fragile et surtout plus adulte.
Mais la plus grande surprise de Brand New Day vient probablement de sa mise en scène. Ce n’est un scoop pour personne, durant la trilogie Home, Jon Watts n'avait jamais réellement trouvé la bonne façon de filmer Spider-Man. Les affrontements restaient souvent très plats, les déplacements manquaient d'ampleur et New York n'était finalement qu'un simple décor. Destin Daniel Cretton prend exactement le contrepied de cette approche et les 20 premières minutes du film redonnent à Spider-Man ce qui lui appartient, à savoir la voltige et cette verticalité qui sied parfaitement à New York. Certaines scènes vont même jusqu’à piocher du côté des films de Sam Raimi (le baiser) ou de la saga The Amazing Spider-Man avec Andrew Garfield (la chute de MJ, tandis que plusieurs séquences semblent directement inspirées des jeux Marvel's Spider-Man d'Insomniac Games. Et ce n'est pas un hasard, car depuis plusieurs années, Tom Holland n'a jamais caché être un immense fan des jeux Marvel's Spider-Man d'Insomniac Games, qu'il a terminés et dont il a souvent salué le travail. Cette passion semble avoir trouvé un véritable écho auprès de Destin Daniel Cretton, d'autant que l'acteur s'est davantage impliqué dans le développement créatif du projet que sur les précédents volets. Sans jamais copier les jeux vidéo plan par plan, le réalisateur en reprend clairement certains codes et, surtout, leur philosophie.
Cela se ressent d'abord dans la manière dont Spider-Man se déplace. Les balancements entre les gratte-ciel retrouvent enfin cette sensation de vitesse, de liberté et de fluidité qui a fait le succès des jeux d'Insomniac. La caméra accompagne les mouvements du héros au lieu de simplement les observer, multipliant les plongées vertigineuses, les rotations autour du personnage ou les passages à quelques centimètres des façades. On retrouve cette impression grisante de traverser Manhattan comme un véritable terrain de jeu, exactement comme lorsqu'on manette en main enchaîne les déplacements dans les rues de New York. Les influences vidéoludiques apparaissent aussi durant les affrontements, avec plusieurs combats qui rappellent directement les productions d'Insomniac, surtout dans leurs idées et leurs chorégraphies. Spider-Man ne se contente plus d'échanger des coups, il exploite constamment son environnement, improvise aussi, rebondit sur les murs, enchaîne les esquives et utilise ses toiles avec une créativité qu'on n'avait encore jamais vue à ce niveau dans le MCU. Cette influence ne relève probablement pas du simple clin d'œil, et Destin Daniel Cretton semble avoir parfaitement compris que les jeux d'Insomniac sont aujourd'hui devenus une référence incontournable dans la représentation moderne de Spider-Man. Ils ont démontré comment mettre en scène sa mobilité, son agilité et son sens du spectacle sans jamais perdre de vue l'humanité de Peter Parker. Brand New Day reprend cette leçon à son compte en privilégiant une caméra plus dynamique et le résultat fonctionne immédiatement. 
LA JACKIE CHAN TOUCH
Mais cette énergie ne tient pas uniquement aux références liées aux jeux vidéo d’Insomniac Games, elle est aussi le fruit de la mise en scène de Destin Daniel Cretton, qui apporte une identité bien plus affirmée que son prédécesseur. Le cinéaste retrouve ici plusieurs collaborateurs de Shang-Chi, à commencer par la célèbre Jackie Chan Stunt Team, avec laquelle il avait déjà conçu les impressionnantes séquences d'action de son précédent film Marvel. Et cela se ressent immédiatement, puisque les combats de Brand New Day ont gagné en nervosité, en impact et surtout en lisibilité, même si l’ensemble reste toujours ultra cut dans le montage. Cette approche fait particulièrement merveille lors des affrontements impliquant Hulk, dont la puissance brute contraste parfaitement avec l'agilité de Spider-Man. Le combat ne repose pas uniquement sur la destruction ou les effets numériques : il joue constamment sur les différences de rythme entre les deux héros, Peter devant utiliser sa vitesse, son sens de l'improvisation et son environnement pour compenser l'écrasante force physique de Bruce Banner. Le résultat est probablement l'un des meilleurs combats impliquant Hulk depuis longtemps dans le MCU.
Même constat face aux membres de The Hand, dont les affrontements prennent presque des allures de film d'arts martiaux. Les échanges sont vifs, coordonnés, inventifs, avec un vrai travail sur les contre-attaques, les esquives et les déplacements verticaux. On retrouve par moments cette influence du cinéma hongkongais qui caractérise le travail de la Jackie Chan Stunt Team, où chaque coup raconte quelque chose et où le décor devient lui aussi un élément du combat. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le fight a lieu dans un espace clos qu’est la prison de Damage Control. Tout cela oblige Spider-Man à constamment adapter son style de combat, ce qui donne naissance à plusieurs séquences particulièrement spectaculaires. Le résultat est sans doute le Spider-Man le plus dynamique jamais vu au cinéma, et en combinant cette influence vidéoludique avec le savoir-faire de la Jackie Chan Stunt Team, Brand New Day signe probablement les scènes d'action les plus inspirées qu'ait connues le Tisseur depuis les films de Sam Raimi.
DES EFFETS PLUS PRATIQUES
Autre évolution majeure avec Brand New Day, c’est l'image. Là où de nombreux films Marvel récents souffraient d'une photographie très terne, Brand New Day retrouve enfin du contraste. Brett Pawlak, le directeur de la photo sur le film, joue avec les ombres, les lumières naturelles et les couleurs de New York pour donner davantage de relief aux décors. Même le costume de Spider-Man bénéficie d'un traitement inédit. Fini l'armure numérique parfaitement lisse des précédents Spider-Man, la combinaison présente enfin des plis et une texture qui renforcent constamment l'impression d'avoir un personnage physique devant la caméra. Destin Daniel Cretton semble avoir cherché un équilibre entre les différentes incarnations de Spider-Man au cinéma. Son costume reprend ainsi la texture et les reliefs très marqués de celui porté par Tobey Maguire, tout en adoptant les grands yeux expressifs et les lignes plus modernes popularisées par la version d'Andrew Garfield. Résultat, la combinaison paraît enfin tangible. Et cette volonté de retrouver de la matière ne s'arrête pas au costume, on la retrouve aussi dans la façon de filmer, de faire, de fabriquer un film. Fidèle à l'approche qu'il avait déjà adoptée sur Shang-Chi, Destin Daniel Cretton a laissé faire la Jackie Chan Stunt Team pour superviser une bonne partie des séquences d'action. Leur philosophie, héritée du cinéma hongkongais, consiste à privilégier autant que possible les cascades pratiques, les chorégraphies répétées jusqu'à l'épuisement et les interactions physiques réelles avant de recourir aux effets numériques.
Les effets spéciaux, eux aussi, franchissent un cap. Ils ne sont pas irréprochables et certaines séquences très chargées rappellent encore les limites des productions Marvel contemporaines, mais l'ensemble apparaît beaucoup plus homogène. Les personnages numériques s'intègrent mieux aux décors et les affrontements gagnent enfin en poids et en impact, notamment le combat face à Hulk et aux membres de The Hand. L'autre grande réussite du film s'appelle évidemment Tom Holland. Après dix ans passés dans le costume, l'acteur semble enfin totalement habiter son personnage. Ce n'est plus le lycéen maladroit présenté dans Civil War, ni l'héritier spirituel de Tony Stark, c'est un Peter Parker adulte, profondément marqué par les sacrifices qu'il a dû accomplir. Holland trouve un équilibre remarquable avec cette touche de vulnérabilité, de l’humour toujours et une belle dose de détermination. Son évolution paraît naturelle, et plusieurs scènes particulièrement émotionnelles comptent parmi les meilleures qu'il ait jamais tournées sous le costume de Spider-Man.
SADIE IS SICK
Le reste du casting suit le même niveau d'exigence. Zendaya apporte énormément de justesse à chacune de ses apparitions. Les retrouvailles avec Peter fonctionnent grâce à une alchimie toujours aussi évidente, nourrie autant par leurs personnages que par la complicité naturelle qui unit les deux acteurs à l'écran. La belle surprise vient également de Sadie Sink, qui s'impose comme l'une des révélations du film. Sans entrer dans les détails de son personnage, elle livre une prestation bien plus nuancée qu'on pouvait l'imaginer. Derrière son rôle se cache une vraie fragilité, et l'actrice parvient à insuffler une émotion sincère à plusieurs séquences parmi les plus marquantes du long-métrage. Son jeu, tout en retenue, apporte une dimension humaine bienvenue à un personnage qui aurait facilement pu n'être qu'un simple ressort scénaristique. Jon Bernthal n’est pas en reste et même si cette version est la moins violente de ses apparitions, il réussit à apporter lui aussi de l’émotion et quelques moments très drôles. Je trouve même qu’il développe avec Peter une relation de grand frère ou de mentor malgré lui qui apporte une vraie fraîcheur au récit. Les échanges entre les deux personnages fonctionnent à merveille grâce à la complicité évidente entre Holland et Bernthal, amis de longue date dans la vie, et cela se ressent immédiatement à l'écran. Quant à Mark Ruffalo, il retrouve enfin un Bruce Banner plus posé et plus sérieux, loin des excès humoristiques qui avaient fini par diluer le personnage ces dernières années. Son rôle reste secondaire, mais chacune de ses interventions sert véritablement l'évolution de Peter Parker plutôt que de détourner l'attention de lui.
Tout n'est cependant pas parfait et le principal défaut du film reste son ambition. À vouloir raconter énormément de choses, Brand New Day finit parfois par s'éparpiller. Plusieurs sous-intrigues auraient mérité davantage de développement, tandis que certains personnages disparaissent pendant de longues portions du récit avant de revenir brusquement. Le personnage incarné par Sadie Sink, notamment, risque de faire beaucoup parler. Sans entrer dans les spoilers, le choix effectué par Marvel autour de son rôle pourra diviser une partie des spectateurs, notamment les fans les plus hardcores qui n’aiment pas qu’on détourne les faits des comic-books. Personnellement, j’ai trouvé le twist fort intéressant pour le MCU.
DÉJOUER LES THÉORIES
Il faut également saluer — ou critiquer, c’est selon — la manière dont Marvel Studios a entretenu le mystère autour du film pendant toute sa campagne promotionnelle. Rarement un blockbuster aura autant joué avec les attentes des fans. Les photos de tournage avaient notamment révélé d'étranges logos représentant un démon rouge peints sur un tank, alimentant pendant des mois les théories autour de l'arrivée d'Oggun ou de Mister Negative via une intrigue beaucoup plus mystique. Au final, ces éléments ont purement et simplement disparu du montage final. Marvel a poussé le jeu de piste encore plus loin pendant la promotion, puisqu’en interview, Jacob Balaton (Ned dans le film) a laissé entendre que le Hulk de Mark Ruffalo pourrait connaître une évolution inattendue, allant jusqu'à suggérer que sa couleur pourrait changer au cours du film. Une manière habile d'alimenter les théories des fans autour de Grey Hulk ou d'autres variantes issues des comics. Au final, il s'agissait surtout d'un écran de fumée destiné à détourner l'attention des véritables enjeux du scénario. Entre les faux indices disséminés dans les bandes-annonces, les éléments modifiés en post-production et ces déclarations volontairement ambiguës, Marvel a clairement cherché à tromper les attentes du public pour préserver ses surprises jusqu'à la sortie du film. 
Ironiquement, toute cette belle stratégie de désinformation orchestrée par Marvel a été en partie réduite à néant lors de l'avant-première de Los Angeles. En voulant sans doute partager son enthousiasme, le chanteur Steve Lacy a révélé plusieurs éléments importants du film sur scène, gâchant au passage une partie des surprises que Marvel s'était pourtant évertué à protéger pendant des mois. Disons-le avec affection : sur ce coup-là, il a joué le rôle du boulet de service. Heureusement, même avec ces révélations prématurées, le film conserve encore suffisamment de rebondissements pour surprendre les spectateurs.
Sans atteindre le statut mythique du Spider-Man 2 de Sam Raimi, Brand New Day s'impose sans difficulté comme le meilleur film de Tom Holland sous le costume du l’Homme-Araignée mais aussi comme l'une des productions Marvel Studios les plus solides de ces dernières années. Plus qu'un simple nouveau chapitre du MCU, il donne enfin l'impression que Peter Parker est devenu le héros qu'il aurait toujours dû être. Et rien que pour cela, cette nouvelle journée est effectivement un brand new day pour Spider-Man.
NOTRE NOTE : 8/10
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