A l'heure où le jeu vidéo connaît sa crise financière la plus importante, la plateforme Gamevestor débarque avec une promesse qui veut parler directement aux joueurs, en leur proposant quelque chose d'inédit : ne plus seulement soutenir un jeu, mais investir dedans. Lancée le 25 février, cette plateforme européenne propose un modèle hybride entre financement participatif et investissement encadré. L’idée est simple sur le papier : aider des studios indépendants à financer leurs projets tout en permettant aux fans de toucher une part des revenus si le jeu rencontre le succès. Séduisant, forcément, même si le risque reste bien réel.
Il est vrai que le contexte s’y prête, puisque l’industrie du jeu vidéo n’a jamais été aussi prolifique, avec des dizaines de milliers de sorties chaque année, alors qu'elle traverse aussi une période agitée : budgets qui explosent, licenciements en série et studios indépendants qui peinent à trouver des financements. Derrière Gamevestor, on retrouve deux vétérans du secteur, Ivan Marchand (Electronic Arts, Google) et Arthur Van Clap Ceulen (Ubisoft, SEGA), veulent justement offrir une alternative aux modèles classiques. Le crowdfunding existe déjà, mais il séduit moins lorsqu’il se limite à quelques goodies ou à un nom au générique d’un jeu qui ne verra peut-être jamais le jour. Ici, le principe est différent. À partir de 100€, les joueurs peuvent en effet financer un projet PC ou console et souscrire à un instrument financier qui leur donne droit à une part du chiffre d’affaires futur. Si le jeu fonctionne, la plateforme évoque des retours potentiels entre 1,5 et 2 fois la mise.
S’il échoue, en revanche, l’investisseur peut perdre tout ou partie de son argent. Du coup, le cadre est présenté comme réglementé et conforme aux normes européennes, sans recours aux cryptomonnaies ni au Web3, avec des avertissements clairs sur les risques. Pour limiter les dérives, chaque projet passe par un comité d’experts chargé d’évaluer sa viabilité technique et commerciale. Les fonds ne sont pas versés d’un coup, ils sont débloqués par étapes, au fil des étapes de développement. Si certains objectifs ne sont pas atteints, des remboursements partiels peuvent être envisagés.
Au lancement, trois jeux indépendants européens ouvrent le bal : Void Reaver, (un roguelite de survie développé à Paris), Black One Blood Brothers (FPS tactique déjà en accès anticipé) et IMMORTAL and the Death that Follows, un hack’n’slash venu d’Estonie. Les levées visent entre 120 000€ et 1,8 million d’euros selon les projets, avec un nombre de participations limité. A noter que Gamevestor mise aussi sur la dimension communautaire, puisque l’objectif est aussi de transformer les joueurs en ambassadeurs impliqués dans la réussite d’un titre, tout en offrant aux studios un moyen de tester l’intérêt du public et de sécuriser un budget initial. Reste que l’investissement n’est pas liquide, il impossible de revendre ses parts, et le succès commercial d’un jeu reste imprévisible.
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