Le séisme couvait depuis des mois, mais peu de fans l’avaient imaginé sous cette forme. Le départ de Phil Spencer, figure centrale d’Xbox depuis plus d’une décennie, paraissait inévitable à moyen terme. En revanche, celui de Sarah Bond a surpris jusque dans les couloirs du groupe Microsoft. Selon une enquête publiée par The Verge, beaucoup en interne comme à l’extérieur voyaient en elle la successeure naturelle, mais la direction de Microsoft en a décidé autrement. En effet, plutôt que de promouvoir Sarah Bond, le PDG Satya Nadella et la directrice financière Amy Hood ont choisi de confier les rênes d’Xbox à Asha Sharma, une dirigeante venue de l’intelligence artificielle et des plateformes numériques. Un choix qui a étonné les fans, mais qui, d’après les témoignages recueillis par le média américain, semblait de plus en plus probable ces derniers mois pour les employés.
La transition elle-même a illustré le moment de flottement que traverse la division gaming. L’annonce, initialement prévue plus tard, a été précipitée par des fuites imminentes dans la presse spécialisée. Résultat : certains employés ont découvert la nouvelle via les journalistes avant toute communication interne. Sur les réseaux sociaux, un message LinkedIn consacré à l’accessibilité Xbox est resté en ligne plusieurs heures après l’annonce du départ de Sarah Bond, symbole involontaire d’une organisation prise de vitesse. Le départ de Spencer referme ainsi un chapitre majeur de l’histoire d’Xbox. Arrivé aux commandes dans une période critique, il avait redressé la marque après le fiasco de la Xbox One et repositionné Microsoft comme un acteur central du jeu vidéo. Sous son impulsion, Xbox a popularisé le cross-play et l’achat multi-plateforme, tout en imposant le Game Pass comme un modèle d’abonnement qui a obligé toute l’industrie à s’adapter. Mais la fin de son mandat a été plus tourmentée. L’intégration d’Activision Blizzard, acquise pour près de 69 milliards de dollars, s’est révélée longue et complexe. Dans le même temps, Microsoft a progressivement renoncé à certaines exclusivités et cherché à étendre Xbox au-delà de la console traditionnelle. Cette transformation, censée préparer l’avenir, a aussi semé le doute sur l’identité même de la marque.
C’est précisément cette mutation que Sarah Bond incarnait. Promue présidente en 2023 après avoir joué un rôle clé dans l’approbation réglementaire du rachat d’Activision Blizzard, elle a porté une vision ambitieuse : faire d’Xbox une plateforme accessible partout, sur téléviseur, smartphone ou navigateur, sans dépendre d’une console. Le slogan implicite (jouer sans posséder une Xbox) résumait d'ailleurs cette ambition. Dans les faits, l’exécution s’est révélée plus chaotique. Le store mobile annoncé en grande pompe n’a toujours pas vu le jour. La campagne « This is an Xbox », montrant qu’un téléphone et une console concurrente pouvait être une Xbox, a laissé perplexes joueurs et employés. Pendant ce temps, les revenus liés au matériel ont continué de décliner, année après année. En interne, les avis sur Bond restent contrastés. Plusieurs sources citées par The Verge saluent sa capacité à nouer des partenariats et à mener des négociations complexes. D’autres décrivent un management exigeant et une organisation façonnée autour d’une vision difficile à contester. Sa stratégie, centrée sur le cloud et le mobile, visait à conquérir des millions de nouveaux joueurs, mais certains y ont vu une fuite vers l’avenir au détriment du public existant.
L’arrivée d’Asha Sharma marque donc un changement de ton. Son profil, forgé dans les plateformes numériques et l’intelligence artificielle, tranche avec celui des dirigeants traditionnels du secteur. Ce choix suscite des inquiétudes en interne : manque d’expérience dans le jeu vidéo, crainte d’une automatisation excessive, voire soupçon d’un abandon progressif de la console. Sharma s’est empressée de rassurer, affirmant que les jeux resteront une création humaine et promettant de retrouver « l’esprit rebelle » qui a fait le succès d’Xbox. Sa mission s’annonce délicate. La génération Xbox Series n’a pas réussi à rivaliser avec la domination de PlayStation, l’industrie traverse une phase de restructuration brutale, et les conséquences des acquisitions massives continuent de se faire sentir. Au-delà du jeu vidéo, l’enjeu est stratégique pour Microsoft : Xbox demeure l’une de ses rares marques grand public capables de rivaliser avec les géants du divertissement.
Reste à savoir si cette nouvelle direction saura réconcilier innovation, identité et regagner le coeur des joueurs, un équilibre que l’écosystème Xbox cherche encore.
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