
S’attaquer à Batman est toujours un exercice périlleux. Chaque génération possède “son” Batman : celui de Michael Keaton pour certains, celui de Christian Bale pour d’autres, tandis que Robert Pattinson s’est déjà imposé comme une nouvelle référence auprès du public plus récent. Même constat du côté du Joker, dont chaque interprétation relance inlassablement le débat. Et c’est précisément cette richesse que TT Games a voulu embrasser avec L’Héritage du Chevalier Noir : réunir toutes les époques, toutes les visions et tous les supports de Batman dans une seule et même aventure. Du coup, sur le papier, l’idée pouvait faire peur, mais le jeu n'est en rien un énième best-of paresseux recyclant quelques scènes cultes des films, loin de là. Le jeu construit au contraire une véritable fresque cohérente qui retrace l’évolution de Bruce Wayne, depuis la ruelle du Crime Alley jusqu’à la création de la Bat-Family. Le scénario pioche en effet dans les films de Tim Burton, la trilogie de Christopher Nolan, The Batman de Matt Reeves, les productions de Joel Schumacher, la série animé Batman The Animated Series, certains comics cultes et, surtout, la saga Batman Arkham de Rocksteady (sachant que le studio a aussi participé au développement). Tout s’entremêle avec une fluidité franchement impressionnante, et certaines scènes sont même recréées quasiment plan par plan, avant d’être détournées avec l’humour absurde qui est propre aux jeux LEGO.
THE DARK BRICK RISES
Le résultat fonctionne étonnamment bien et on passe de l’entraînement de Bruce à Nanda Parbat à des séquences inspirées de Batman Begins, avant de revivre l’arrivée du Joker version Jack Nicholson dans les rues de Gotham ou encore certains moments iconiques d’Arkham Asylum. Et au milieu de tout ça, TT Games injecte constamment l’humour LEGO habituel. Un humour parfois très enfantin, certes, mais qui fait souvent mouche grâce à un vrai sens du rythme et à des détournements intelligents du matériau d’origine. Le plus impressionnant reste néanmoins la manière dont le jeu assume pleinement son inspiration principale, à savoir Batman Arkham. Très rapidement, on comprend que TT Games ne voulait pas simplement faire un “LEGO Batman”, mais carrément un “LEGO Arkham”. Le système de combat est quasiment une adaptation simplifiée de celui imaginé par Rocksteady, avec ses enchaînements fluides, sesc contres, ses finish moves, ses gadgets, ses ennemis spécifiques aussi, tout y est. Même les séquences d’infiltration rappellent immédiatement les jeux Arkham, avec la présence des gargouilles pour accrocher son grappin, des conduits d’aération et des éliminations discrètes depuis les hauteurs. Et contre toute attente, ça fonctionne remarquablement bien.
En fait, le gameplay conserve l’accessibilité propre aux productions LEGO, mais il gagne ici une profondeur inhabituelle. On retrouve d'ailleurs plusieurs personnages à incarner, avec un switch à la volée, mais cette fois-ci, on va plutôt privilégier la qualité à la quantité. Ne vous attendez pas à une cinquantaine de personnages à contrôler, il y en aura même pas dix dans ce LEGO Batman. Cela dit, les différents héros disposent de compétences réellement uniques et utiles, comme par exemple Robin et Nightwing qui utilisent leurs câbles pour relier des structures ou projeter des objets. De son côté, Batgirl pirate des systèmes à distance grâce à son drone, Catwoman peut grimper sur certaines surfaces et envoyer ses chats dans des passages inaccessibles, tandis que Chef Gordon neutralise feu et eau avec son pistolet à mousse. Même Batman évolue progressivement grâce à un arbre de compétences et des améliorations de gadgets qui rappellent directement les mécaniques RPG légères des Batman Arkham. Cette richesse se ressent aussi dans la structure du jeu, avec des niveaux scénarisés qui alternent action, infiltration, énigmes et exploration avec un rythme très maîtrisé.
GOAT-AM CITY
Mais la vraie star du jeu reste incontestablement Gotham City. Pour la première fois dans un jeu LEGO, TT Games parvient à créer un véritable monde ouvert crédible, vivant et surtout incroyablement plaisant à parcourir. La comparaison avec la série des Batman Arkham revient constamment à l’esprit, et c'est logique, c'est la même philosophie qui est appliquée ici. Gotham est immense, répartie sur plusieurs îles, traversée par des ponts, des tunnels et des quartiers distincts. On peut l’explorer en Batmobile, en moto ou simplement en planant au-dessus des gratte-ciel grâce à la cape de Batman. Et honnêtement, le simple fait de survoler la ville sous une pluie battante procure des sensations que l’on n’attendait absolument pas d’un jeu LEGO. Visuellement, TT Games livre probablement son plus beau jeu à ce jour. Les éclairages nocturnes sont magnifiques, les flaques d’eau reflètent les néons de Gotham avec un réalisme bluffant, et la pluie donne constamment cette ambiance poisseuse et mélancolique propre à l’univers du Chevalier Noir. En regardant de près, on peut même voir le soin apporté aux textures qui représentent bien les matériaux rendus comme le plastique, la toile, etc. Même si l’esthétique LEGO reste évidemment omniprésente, le rendu impressionne régulièrement, notamment durant certaines cinématiques ou lors des envolées au-dessus de la ville.
La direction artistique mérite d’ailleurs tous les éloges, puisque le Gotham de ce LEGO Batman mélange les influences gothiques des films de Burton avec l’aspect urbain et industriel de la série Arkham de Rocksteady. Le résultat possède une vraie identité et donne constamment envie de fouiller chaque ruelle à la recherche d’un secret, d’un criminel ou d’une référence cachée. Et des références, le jeu en déborde littéralement. Chaque mission, chaque quartier, chaque costume semble conçu comme un hommage permanent à l’histoire de Batman. Les fans passeront leur temps à reconnaître des clins d’œil aux comics, aux films, aux séries animées ou aux jeux vidéo. Certaines séquences sont même recréées avec une fidélité impressionnante, notamment le générique de Batman The Animated Series ou encore l’introduction mythique d’Arkham Asylum avec l’escorte du Joker. Heureusement, le fan-service ne cannibalise jamais totalement l’expérience, le jeu restant avant tout extrêmement généreux en contenu. Comptez environ 15 à 20 heures pour terminer l’histoire principale, et facilement 40 heures si vous souhaitez compléter Gotham à 100%. Entre les défis de l’Homme-Mystère, les collectibles, les activités annexes, les costumes à débloquer, les véhicules à collectionner et la personnalisation de la Batcave, il y a toujours quelque chose à faire. La Batcave justement constitue l’une des meilleures surprises du jeu. Bien plus qu’un simple hub, elle devient progressivement un véritable musée dédié à Batman. Chaque nouveau costume, véhicule ou trophée vient enrichir cet immense QG personnalisable. Impossible de ne pas vouloir remplir chaque emplacement vide après quelques heures de jeu, c'est assez addictif.
AVOIR LEGO SURDIMENSIONNÉ
Tout n’est cependant pas parfait. Comme beaucoup de productions TT Games, LEGO Batman L’Héritage du Chevalier Noir souffre de plusieurs petits soucis techniques. Quelques ralentissements apparaissent durant certaines cinématiques, les dialogues désynchronisent parfois légèrement et quelques bugs de collision peuvent survenir dans le monde ouvert. Rien de catastrophique, mais suffisamment fréquent pour être signalé. Le manque global de difficulté pourra également frustrer certains joueurs plus expérimentés. Même dans le mode “Chevalier Noir”, le jeu reste relativement accessible, aussi bien dans ses combats que dans ses énigmes. L'IA des ennemis est aussi l'un des points faibles du jeu, avec une approche très laxiste, sans doute volontaire pour que les enfants puissent ne jamais être rebuter par le jeu. Pour les adultes, mieux vaut choisir le mode de difficulté le plus extrême d'emblée. Mais au final, ces défauts pèsent bien peu face à tout ce que réussit le jeu. Parce qu’il y a quelque chose de profondément réjouissant dans cette aventure. Quelque chose que TT Games avait peut-être perdu depuis plusieurs années, qui est la capacité à émerveiller constamment le joueur. Quand on traverse Gotham sous la pluie en entendant les sirènes de police résonner au loin avant de plonger au milieu d’un groupe de criminels terrifiés, une seule pensée nous traverse l’esprit : “Je suis Batman”. Et c’est probablement la plus grande réussite de LEGO Batman L’Héritage du Chevalier Noir. Derrière ses briques et son humour familial se cache un véritable jeu Batman, pensé avec passion par des développeurs qui aiment profondément cet univers. Drôle, généreux, magnifique et étonnamment ambitieux, le titre de TT Games s’impose comme une des très grandes surprises de 2026 et comme l’un des meilleurs hommages jamais rendus au Chevalier Noir.
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