Mais justement, avec Tenchu Dark Secret, on ne sait pas vraiment si on joue à un jeu vidéo en 3D ou en 2D. D’ailleurs le terme de jeu vidéo est sans doute galvaudé dans le cas présent, nous parlerons plutôt d’un jeu éléctronique. Tenchu Dark Secret joue la carte audacieuse de la nullité ludique, et cela sans aucune pudeur. Une fois passé et digéré le contrôle technique qui nous dégorge ce qui est certainement la 3D la plus abjecte de ces 12 dernières années, on réalise surtout avec stupeur que cet opus DS constitue une excellente parodie de jeu d’infiltration. Avec sa vue sur le cuir chevelu de Rikkimaru ou de Ayame, la distance d’affichage ne compte pas s’étendre au delà de quelques centimètres. Une vue subjective ? Ils n’ont pas dû avoir l’idée. Du coup, il ne fait pas bon de se faire repérer par des samouraïs, d’autant plus que la digitalisation sonore qui sert de voix à ces trois bouts de polygones déambulant, évoque le mariage raffiné d’un rot de loutre et d’un œsophage cancéreux. Mais heureusement, les développeurs ont pensé à tout. Certes, on ne voit rien dans Tenchu Dark Secret, mais ce n’est pas grave puisque les sentinelles ont toutes été trépanées. Leur angle de vision ne pointe que droit devant elles, et se limite à un mètre ou deux. Idem pour leurs capacités auditives, qui ne broncheraient pas quand bien même on leur planterait un album de Diam’s dans les esgourdes. Et non seulement les ennemis n’ont pas de cerveau, mais en plus, il est possible de distinguer leur position sur la carte ! Du coup, Tenchu Dark Secret parvient à réaliser quelque chose d’impensable avant l’invention de la DS : jouer sans regarder l’écran. Il est en effet bien plus pratique de mater la carte monochrome, d’avancer dès que le petit bonhome à le dos tourné, et lui donner un coup de lame dans le dos, ceci dans un schéma de jouabilté particulièrement pointu qui consiste à appuyer une fois sur le bouton A. Ca n’a l’air de rien comme ça, hein ? Mais c’est pourtant à ce moment là que les développeurs se sont dit qu’ils tenaient le bont bout, puisque chacune des missions de ce Tenchu peuvent se plier de la même façon, et si facilement qu’on oublie très vite que le soft devait initialement nous faire jouer avec des tas de pièges de notre confection. Bambous acérés, trappe à ours, fléchettes empoisonnées… autant d’outils de bonne intention qui ne servent strictement à rien pour venir à bout des obstacles.
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